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10 conseils pour débutants

Principes de base pour des harmonicistes de blues débutants

par Adam Gussow

1) La Cabane au Fond du Jardin.
Vous n'êtes pas seulement en train d'apprendre à jouer d'un instrument. Vous explorez votre âme. Vous avez besoin de ce que Virginia Woolf appelait "un lieu qui vous appartienne", c'est à dire un endroit où vous pouvez jouer et travailler de manière obsessionnelle et/ou vous lâcher sans vous préoccuper du fait que votre femme ou votre mari, votre colocataire, vos chiens, vos enfants ou vos voisins vous entendent et vous critiquent. Ca peut-être votre chambre, la salle de bain, là où vous avez votre chaîne hi-fi, la cave, un bureau, ou ça peut être en extérieur, dans un vieux tunnel au milieu d'un parc, ou au bord d'un chemin venteux. L'important est que vous vous sentiez coupés du monde. Une bière et quelques cigarettes peuvent aussi vous aider à vous désinhiber un peu.

2) Pratique Obsessionnelle contre Beauté du Silence.
Personne n'est jamais devenu un bon harmoniciste de blues sans de longues heures de pratique obsessionnelle et difficile. C'est bien de devenir obsédé de votre instrument. Mais n'oubliez pas que vous essayez de créer de la musique, pas simplement de cracher des notes. La musique éclot du silence. Faites une pose avant chacune de vos 'séances d'entraînement' pour écouter le silence. Jouez une note et écoutez la se désagréger pendant une fraction de seconde avant de se dissoudre en silence. Apprenez à entendre le silence. Vous découvrirez que vous pouvez vous arrêter pendant des solos improvisés et laisser l'espace modeler vos phrases.

3) Une Ecoute Large.
Le meilleur moyen d'apprendre une langue étrangère c'est l'immersion totale. Achetez des CDs (ou des disques si le vinyle vous plait plus. Ecoutez tous les grands : les deux Sonny Boy Williamson, Big et Little Walter, Junior Wells, Sonny Terry, James Cotton, Paul Butterfield, Kim Wilson, Paul Delay. Enregistrez vos morceaux préférés sur des cassettes, copiez les pour des potes, écoutez les quand vous êtes en voiture. Sortez et allez voir les harmonicistes du coin en live dans les clubs. Ne soyez pas timides : posez leur des questions sur leurs harmos, les micros, les amplis. Les harmonicistes adorent discuter le bout de gras !

4) Marquer le Tempo.
Tant que vous ne parviendrez pas à maintenir un tempo stable au pied pendant que vous jouez - indépendamment de ce que vous jouez à l'harmonica - et à trouver un groove commun avec vos collègues musiciens, vous ne serez pas un musicien, quels que soient les supers riffs que vous parvenez à balancer. Suivre un tempo stable est absolument crucial. Jouez chaque mélodie, chaque riff en suivant le tempo de la manière la plus régulière possible. Tapez du pied pour suivre la musique, en live ou sur disque. Si vous perdez le tempo - que vous couriez devant ou soyez largué derrière - pas de panique ! Arrêtez-vous, concentrez vous et glissez vous dans le temps. Garder le tempo, c'est comme la respiration méditative : vos ennemis sont l'accélération et le stress, vos alliés la légèreté et la flexibilité. Soyez patient ; laissez votre 'corps musical' trouver ses marques. Lentement mais sûrement il le fera.

5) L'Harmonica-Instrument, L'Harmonica-Fétiche.
Un instrument de musique n'est pas une fin en soi : il doit vous permettre d'extérioriser et de faire partager la musique qui est en vous. C'est aussi, potentiellement, un fétiche : une satisfaction en lui-même, un jouet brillant avec lequel on tombe amoureux et auquel on accorde toutes sortes de propriétés magiques. Laissez votre harmonica devenir les deux. Tombez en amoureux, attrapez le dans votre poche comme un maniaque, caressez le, soyez très énervé lorsqu'une lamelle pète. Mais souvenez vous aussi que ce n'est qu'un instrument, un outil remplaçable un moyen d'atteindre la musique plutôt qu'une fin. Parfois votre âme musicale restera silencieuse, et vous aurez beau souffler et aspirer frénétiquement dans votre harmonica-fétiche adoré, rien ne produira cette vieille magie qui vous est devenue familière. Ne vous en étonnez pas. Reposez l'harmonica et faites autre chose. Ce n'est, après tout, qu'un instrument, un outil pour libérer une chanson emprisonnée. Lorsque la musique revient et exige d'être libérée, vous le saurez. Alors vous pourrez céder !

6) Entre Surface et Profondeur.
Jouer de l'harmonica blues correctement demande beaucoup de puissance. Le notes altérées en particulier doivent être extirpées des tripes de l'instrument. Ca ne veut pas dire que la légèreté du toucher est sans importance ou que la subtilité n'est pas de mise. Mais il y a l'harmo blues au son profond, et l'harmo blues au son creux. Les auditeurs entendent cette différence. Le Deep Blues demande un engagement spirituel qui s'exprime à travers une conviction audible. Big Walter avait cet engagement. N'ayez pas peur de cultiver un peu de violence dans votre jeu ; de faire monter et d'expurger une certaine agression, d'attaquer l'instrument. Notre instrument est le plus petit de l'orchestre, il nous faut donc travailler plus dur ! Ne soyez pas timide !

7) Le Débat Blanc-Noir.
Si vous êtes " blancs " tels que l'Amérique le définit, de quel droit jouez vous un instrument qui est de manière évidente associé à trois générations d'hommes noirs qui innovaient sous le joug des blancs ? Si vous êtes noirs, pourquoi vous intéresser au vieux folklore de votre arrière grand-père plutôt qu'au hip-hop ou au r&b ? Si vous êtes Asiatique-Américain ou pas américain du tout, quelle est votre place dans tout cela ? Détendez-vous. Le second millénaire approche. Nous sommes tous des animaux postmodernes, un gumbo multiculturel en transition bouillonante, des co-conspirateurs qui tentent d'amener un Nouveau Monde. Vous jouez (ou devriez jouer) de l'harmo blues parce que vous êtes amoureux de ce son. Depuis toujours, c'est précisément ce qui a amené des musiciens de tous horizons et couleurs à choisir et apprendre à maîtriser leurs instruments. Ecoutez attentivement ; identifiez et modélisez votre manière de jouer sur ce qui se fait de mieux. Honorez vos maîtres - la plupart d'entre eux, dans ce milieu, seront noirs - en acceptant de parler de cet héritage et de la dette que vous avez envers eux. Mais n'hésitez pas à passer au-delà d'eux, de faire des avancées créatives, de pousser la musique en avant. Trouvez votre propre voix. Tous les vieux maîtres d'aujourd'hui étaient un jour des innovateurs sans vergogne qui ne faisaient pas de quartier. N'hésitez pas à botter le cul de Big Walter, métaphoriquement, une fois que vous avez appris ce que sa musique a à vous apprendre.

8) Confiance et risque.
Les salles de classe peuvent être des générateurs d'anxiété. L'humiliation guette à chaque virage ; la peur de jouer émerge soudain et nous gèle sur place. La musique - c'est à dire un flux d'énergie audible et communicatif - disparaît. L'harmonica blues est un instrument difficile à maîtriser, et vos premiers pas seront les plus grinçants. Devoir se mettre en avant et démontrer des premiers pas grinçants est une cruelle et inhabituelle punition - si vous décidez de le voir ainsi. L'alternative est la compassion : pour vous même et pour vos collègues débutants qui paniquent. Restez cool ! Il faut du courage ne serait-ce que pour décider de prendre des leçons de musique. Le véritable apprentissage ne se fait que si l'on est prêt à risquer de se planter un millier de fois pour en comprendre les raisons. Apprenez à rire des sons ridicules d'asthmatiques que les harmonicistes débutants - vous y compris - ne manquent pas d'émettre. La musique surviendra plus vite que vous n'y croyez.

9) Votre Musique.
Ne laissez jamais un prof se tenir entre vous et la musique. Votre musique, c'est la flamme qui brule en vous et exige que vous appreniez l'harmonica blues. Les profs peuvent vous aider à développer, explorer, approfondir polir et exprimer votre musique, mais ils peuvent aussi handicaper considérablement ce processus. Il existe des profs destructeurs. Un prof destructeur est un prof qui, pour une quelconque raison menace d'éteindre votre flamme musicale. Apprenez à sentir les signes avant-coureurs : votre propre insatisfaction en est le principal - et soyez prudents. Maîtriser un instrument demande de la discipline, mais la discipline n'est pas la servitude ou l'esclavage. Le prof est là pour vous aider, ce qui parfois veut dire vous pousser, mais vous ne lui appartenez pas. Son rôle est de vous apprendre à identifier une partie cruciale de vous même. Un minimum de vocabulaire, de tablature et de gammes sont nécessaires, bien sûr, mais seulement dans le but de libérer la musique qui est en vous. D'une manière très concrète c'est une image de l'exubérance et de votre âme bruyante. Ne laissez jamais un prof se tenir entre vous et votre âme.

10) Le Son.
Notre quête à tous. Ecoutez attentivement, jouez férocement.